méditation du troisième dimanche d’Avent

Voici la méditation d Alexis pour ce dimanche de Gaudete, mi Avent.

Soyez dans la joie, le Seigneur est proche ! La joie de l’Avent est celle de l’attente de l’être aimé. Pas une attente fiévreuse, angoissée ou exubérante. Mais une joie pleine, faite d’attention, de bienveillance, de jubilation, d’espérance et de foi. Joie des retrouvailles de Dieu avec sa création et les hommes, joie de la réconciliation et de l’alliance renouvelée, joie de la miséricorde donnée et reçue.

Comment rendre la joie d’exister à une humanité désabusée, désenchantée, pour qu’elle ne s’enfonce définitivement dans les ténèbres de la terreur, de la haine, de la violence, du repli sur soi ? C’est dans la nuit qu’il faut croire au jour. Croire non pas comme une incantation, mais dans la ferme confiance, dans la tranquille détermination de ceux qui savent que la vie a toujours le dernier mot. Parce qu’elle crée sans cesse de nouvelles voies, emprunte de nouveaux chemins.

C’est en apportant du neuf dans les rapports avec les autres, dans nos relations sociales, familiales ou professionnelles, comme nous le suggère aujourd’hui Jean-Baptiste, que nous pourrons inventer une nouvelle joie de vivre. Rendre sa vie plus en accord avec l’évangile, c’est ouvrir la porte à la joie d’être dans la lumière de Dieu.

Que devons-nous faire ? Créer du lien, de la solidarité au quotidien avec ceux qui nous entourent. Leur manifester cet amour infini de Dieu qui participe à la fois de la gratuité du don, de la réconciliation et de la justice. Une attitude qui va au-delà des habitudes et des convenances. L’amour n’est pas là pour changer les règles ou les lois, mais il les transcende et tolère la transgression de certains à-priori sociaux.

Jean annonce quelqu’un de plus grand que lui, qui baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Remettre de l’ordre dans sa vie pour retrouver un certain goût de l’existence, mais il ne faut pas s’arrêter là. Il faut se laisser envahir par l’Esprit, devenir pour le monde d’aujourd’hui les apôtres du Seigneur Jésus Christ. Alors la joie nous habitera. Une petite vie tiède ne peut apporter la joie. Heureux les passionnés !

La conversion du cœur seule est source de joie. Pareil retournement se traduit toujours par des actes. C’est dans nos engagement envers nos frères, particulièrement les plus pauvres et les exclus, que nous montrerons la force transformatrice de l’Esprit.

Si, à la fin des temps le Seigneur amassera le grain dans son grenier et brûlera la paille au feu qui ne s’éteint pas, pourquoi dès lors ne pas commencer à veiller au grain ? C’est ici et maintenant que nous vivons, que nous manifestons notre attente joyeuse du règne de Dieu en témoignant de son amour. Ne nous décourageons pas face à l’ampleur de la tâche. L’Esprit Saint est avec nous. Faire ce que Dieu attend de nous sera notre joie.

Malgré nos peines, nos lassitudes, nos soucis, gardons confiance. Jamais Dieu ne nous abandonnera. Ne craignons pas et ne laissons pas nos mains défaillir.  

meditation de ce 7 décembre

Voici la méditation d’Alexis pour aujourd’hui.

Le livre de la Consolation d’Israël[1] est l’œuvre du Second Isaïe.[2] Il est daté par le fait qu’il annonce le triomphe des Perses, la déchéance des Babyloniens et la libération toute proche des Israélites exilés en Mésopotamie.[3] Cette libération va mettre fin à un long exil[4] qui verra passer Israël de l’humiliation à l’exaltation. Le retour en Terre sainte apparaîtra comme un Exode nouveau et plus beau que l’ancien. Rappelant la sortie d’Egypte, il soulignera la fidélité de Dieu à son dessein de salut et laissera entrevoir la réalisation définitive de ce projet dans le Règne universel de Dieu. Comme ce Règne doit s’instaurer à partir de Jérusalem, la Ville sainte connaîtra une restauration éblouissante. Grâce à elle que le salut opéré par Dieu sera manifesté à tous les humains sans exception.

Le prologue du livre en donne le nom et la tonalité, Dieu réconforte, il va libérer son peuple. Il se décline comme un chant à plusieurs voix successives : voix du prophète à ses frères, voix d’un héraut, voix d’autres messagers, voix de Jérusalem qui reçoit leur message et le transmet aux villes de Juda.

Le prophète[5] annonce la consolation du peuple, il permet de pousser un profond soupir de soulagement. Plus qu’un soulagement, car il lui parle contre le cœur,[6] autrement dit, il rétablit la confiance de ce peuple qui, par ses infidélités successives, avait été condamné à l’Exil, et dont le châtiment est accompli. Dieu rétablit ainsi sa relation privilégiée d’amour à son peuple.

Un héraut[7] enchaîne par l’ordre de dégager un chemin pour le Seigneur dans le désert. L’expression sera largement commentée et illustrée pour désigner une retraite au désert,[8] ou encore le ministère d’un prophète[9] qui préparera la venue du Seigneur, dans la perspective de la fin des temps. Le désert est le lieu traditionnel du silence et de la rencontre avec Dieu, il est aussi le cadre de l’épreuve initiatique du peuple à la sortie d’Egypte. Le thème d’un nouvel Exode commence alors à prendre explicitement corps. Dieu va manifester sa gloire, autrement dit, il va faire sentir le poids de son intervention en délivrant Israël par des mouvements massifs ou des actions simultanées.

D’autres messagers[10] s’interpellent mutuellement pour comparer le peuple – tout autant le peuple d’Israël que la population tout entière de la terre – à l’herbe sèche et la fleur fanée. Leur constance – leur amour, leur fidélité, leur loyauté, leur indéfectibilité, mais aussi les fruits de leur amour, leurs bienfaits – est éphémère et fugace et sans aucune comparaison avec la justice de Dieu, la manière qu’il a d’ajuster sa relation dans la fidélité. Sa parole d’alliance subsistera pour toujours.

Jérusalem,[11] joyeuse ambassade pour Sion, est enfin appelée à porter la Bonne Nouvelle de la venue et du Règne du Seigneur aux villes de Juda. En roi parfait, berger[12] d’êtres humains, il rassemblera son peuple pour faire paître son troupeau, et assurera protection et bien-être aux plus faibles. L’image du bon berger cherchant la brebis perdue s’imprime bien sûr dans les esprits.

L’annonce de la consolation du Seigneur retentit aujourd’hui encore dans les déserts de notre monde – déserts d’indifférence, d’ennui et de banalité, dans les banlieues sans âme de nos villes, de nos cités dortoirs. Notre Dieu vient dans notre vie, et nous sommes appelés à préparer sa venue. Jésus a besoin d’un chemin par lequel il puisse entrer dans nos existences. Le chemin de la prière que l’on a laissé s’ensabler. Le chemin de l’obéissance, que l’on trouve dépassé. Le chemin du renoncement, dont nous avons perdu les repères. Le chemin de l’attention aux plus démunis, qui ne nous intéresse plus.[13] Mais aussi le chemin de la joie, celui de l’amour donné et reçu, celui de l’espérance. Quelles que soient nos inconstances, nos infidélités, le Dieu de Jésus Christ vient restaurer son Alliance avec notre humanité et nous témoigner de son amour indéfectible. Nous laisserons-nous réconforter ? Trouverons-nous sur notre terre assez de prophètes, tels Jean-Baptiste, pour aplanir les chemins de Dieu dans nos vies ?


[1] Il tire son titre du premier verset : Consolez, consolez mon peuple (Is 40,1).

[2] Les prophéties du Second Isaïe couvrent les chapitres 40 à 55 du livre d’Isaïe.

[3] Les événements se situent entre 550 et 539. Il aurait pu être écrit à cette époque, mais certains estiment qu’il l’aurait été plus tard, après le retour à Jérusalem.

[4] Sept semaines d’années (587-538).

[5] Voix du prophète (Is 40,1-2).

[6] Le même terme est utilisé pour décrire une relation d’amour : Il s’attacha de tout son être à Dina, la fille de Jacob, il se prit d’amour pour la jeune fille et regagna sa confiance (Gn 34,3).

[7] Voix du héraut (Is 40,3-5).

[8] Ce qui va pousser les sectateurs de Qumram de se retirer au désert.

[9] Les évangiles s’en inspireront pour présenter le ministère de Jean-Baptiste annonçant la venue du Christ (Mt 3,3 ; Mc 1,2-3 ; Lc 3,4-6 ; Jn 1,23).

[10] Vois d’autres messagers (Is 40,6-8).

[11] Voix de Jérusalem (Is 40,9-11).

[12] L’image du berger est traditionnelle pour représenter Dieu ou le roi.

[13] Jacques Dereau, «Frères et Sœurs, …», Editions européennes, Bruxelles, 2000. 

méditation pour le second dimanche d’Avent

Aujourd’hui, une voix crie dans le désert. En ce temps de l’Avent, elle prépare nos cœurs à la venue du Christ, Parole faite chair dans chair de femme. Dans nos déserts de banalité et d’ennui, de regrets et de rancœurs inutiles, elle dit que Dieu s’est mis en route. Elle proclame que Jésus a besoin d’un chemin pour entrer dans nos vies.

Jean le Baptiste, le Précurseur, fait sa Joyeuse Entrée dans l’histoire de notre salut. Une mise en scène solennelle qui situe l’événement dans l’histoire universelle. Les personnalités appelées à en témoigner sont des hommes puissants, des dignitaires en vue. Cependant, l’annonce du salut ne les concerne pas, la Parole est adressée à un pauvre de cœur. Jean-Baptiste parcourt le désert, refaisant le chemin initiatique de l’Exode vers la terre promise. Rude figure biblique proclamant un message, une bonne nouvelle : Tout homme verra le salut de Dieu. Nul n’est exclu de la rédemption, sinon par sa faute.

Les Écritures ont décliné le salut de bien des manières. Aujourd’hui, il nous est décrit dans des images grandioses. Le salut est comme un vêtement d’apparat dont on se pare, une couronne mise sur la tête. Se dépouiller de sa robe de tristesse pour revêtir une parure de gloire. Laisser les habits du vieil homme pour se couvrir de ceux de l’homme nouveau. Ou encore devenir une créature nouvelle en revêtant le Christ. S’orner du vêtement blanc du Ressuscité pour participer avec lui à la gloire de sa résurrection.

Le salut sonne aussi comme un nom nouveau. Nom donné à Jérusalem comme le signe d’une nouvelle création, où se déploie la splendeur reçue de Dieu. Nous aussi portons un nom nouveau manifestant le don de la grâce : enfant bien-aimé de Dieu, chrétien, disciple du Christ marqué du sceau de l’Esprit.

Le salut est encore comme un retour d’exil dans la jubilation et la lumière. La nature, le cosmos entier sont associés à cette marche dans la joie et la louange des merveilles de Dieu. Chacun de nous peut revenir d’exil : sortir de sa solitude, être libéré de ses prisons intérieures, échapper au sentiment d’une vie sans but, s’affranchir de ses errances. Pouvoir alors marcher sans trébucher vers le jour du Christ.

C’est à tout homme qu’est apporté le salut de Dieu. Joie et bonheur immenses qui ravissent. Béatitude à vivre comme en rêve. Le rêve de tous les possibles. Désormais, il est possible que les humbles soient élevés et les puissants abaissés, possible que toutes les villes deviennent Paix-de-la-Justice et Gloire-de-la-piété-envers-Dieu, et possible que tout homme, en tout lieu de la planète, voie le salut de Dieu.

Pour que le rêve devienne réalité, l’Évangile nous appelle à une attente active. La voix de Jean-Baptiste résonne encore jusqu’à nous : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez la route. Le précurseur nous appelle à tracer cette route au plus profond de nous-mêmes, mais aussi dans le monde, dans nos milieux de vie, où la Bonne Nouvelle doit encore advenir et changer le comportement de chacun. Pour qu’une existence plus juste, plus généreuse, plus solidaire s’ouvre enfin pour tous.

Un chemin de conversion qui nous fasse progresser dans la clairvoyance de ce qui est essentiel. Le plus important, n’est-ce pas aussi une grâce de l’Avent qui nous permette de revoir notre échelle de valeurs pour discerner l’essentiel de l’accessoire, l’important du provisoire ? La grâce de la venue du Christ dans une Alliance nouvelle, qui propose à toute l’humanité la plénitude du salut dans un univers renouvelé dans l’amour de Dieu.