méditation du 15eme dimanche ordinaire B

Merci à Alexis de cette médiation dominicale.

Quand Jésus envoie les Douze en son nom, il leur donne comme seuls bagages sa Parole et la charité partagée. Leur unique richesse est l’hospitalité qu’ils vont rencontrer et qu’ils doivent recevoir comme un don et non comme un dû. Une rude expérience, mais riche en fruits de conversion et de guérison.

Une manière de procéder sans aucune mesure avec les méthodes utilisées aujourd’hui. On peut penser aux missions politiques ou économiques de nos gouvernements où se déploie le décorum diplomatique destiné à récolter des contrats commerciaux et de gros profits financiers. Ou aux missions humanitaires des organismes gouvernementaux, qui mettent en œuvre une logistique sophistiquée et nécessitent des mises de fonds considérables dont ne bénéficient pas toujours les populations concernées. Les logiques s’opposent radicalement, d’un côté la gratuité et la pauvreté des moyens, et de l’autre la technicité et la recherche de la rentabilité.

Jésus envoie les Douze les mains vides. Il aurait pu leur imposer des objectifs qualitatifs, réclamer d’eux un professionnalisme. Il n’ignorait rien pourtant des limites – tant intellectuelles que spirituelles – de ses disciples. Au contraire de nous, qui aurions choisi les meilleurs, les plus performants, il envoie des hommes qui n’arrêtent pas d’appeler au secours. Il envoie des pauvres et fait confiance en eux. Avec pour seul mandat de partager les découvertes qu’ils ont faites depuis qu’ils le suivent, même s’ils n’ont pas encore bien saisi le sens de ce qu’ils ont vécu avec lui.

La pauvreté conditionne la réussite de la mission apostolique. L’Evangile doit être annoncé aux pauvres par des pauvres. Parce que la seule richesse est la Parole à annoncer. Jésus insiste sur l’indigence des moyens et le manque de prestige. Parce que seul est opérant le témoignage de l’Evangile à annoncer et que la lourdeur des moyens serait contreproductive. Ainsi ne faut-il pas prétexter de la pénurie pour ne rien faire. Seules importent l’audace et la perspicacité de ceux qui annoncent la Bonne Nouvelle.

Jésus envoie les Douze deux par deux. La mission est un travail d’équipe et suppose une vie fraternelle. Elle n’est pas une attribution individuelle, mais une affaire d’Eglise. Ainsi, il n’est pas question de vouloir s’approprier la mission, d’agir à son propre compte. Il faut consentir à collaborer, à discerner ensemble en Eglise, chaque initiative. Le Christ est le seul maître d’œuvre.

Jésus vise la création de petits noyaux d’évangélisation. Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Pour former des petites cellules d’Eglise domestiques et accueillir l’Evangile A partir de là, la Bonne Nouvelle pourra diffuser de proche en proche. Ainsi s’est constituée l’Eglise, qui à propagé le message de Jésus jusqu’aux confins de la Terre. Quel contraste avec les grands rassemblements dans des cathédrales ou des méga-churches ! Cette simplicité des premiers temps ne devrait-elle pas inspirer pour une évangélisation renouvelée d’un monde déchristianisé ?

Jésus ne tait pas les difficultés que peut comporter la mission. Si on refuse de vous écouter, partez. Les échecs ne datent pas d’aujourd’hui. Si c’est la vérité de l’Evangile qui est proposée, il faut s’attendre au rejet, à l’indifférence, à la résistance, à l’incrédulité. Rencontrer trop de succès pourrait d’ailleurs être la marque qu’on se serait contenté de ne présenter qu’un message humain. La Parole de Dieu est parfois dure, elle ne doit pas être édulcorée.

Envoyés devant Jésus, les disciples reçoivent le pouvoir de faire des miracles pour préparer les gens à mettre leur foi en celui qui les envoie. Ils proclament la nécessité de se convertir. La conversion est au cœur même du message de Jésus. Elle seule rend capables de chasser le mal et de guérir les malades. C’est par elle que nous pourrons combattre les démons qui hantent notre monde, la haine, la violence, la soif de puissance, l’argent, la peur, la honte, la misère.

Jésus confie aux Douze sa propre mission de porter au monde le salut et de le délivrer des forces du mal. Nous recevons aujourd’hui cette mission. D’abord proclamer la nécessité d’une conversion radicale de vie. Ensuite lutter contre le mal ambiant. Enfin guérir notre humanité des maux qui l’accablent. Être attentifs à ceux qui souffrent pour leur apporter soulagement et consolation. Sommes-nous disposés à relever les défis de l’évangélisation ?  

méditation du mardi 14eme ordinaire

Merci à Alexis qui nous fait déjà parvenir sa méditation avant que je mette en route pour deux jours de formation.

Quand notre humanité est affrontée à des forces qui la dépassent et dont elle n’identifie pas la nature, elle n’en sort jamais indemne. Quels que soient au départ les sentiments, les peurs, les dispositions, les obsessions qui nous animent, c’est notre personne entière qui se trouve bouleversée et transfigurée. L’issue de nos combats est toujours incertaine, mais la confrontation à l’inconnu – et à fortiori à Dieu – nous rendra différents, et peut-être meilleurs.

Le combat de Jacob avec son agresseur mystérieux a intrigué théologiens et anthropologues, ou inspiré de nombreux artistes.[1] Le célèbre récit explique de quelle manière Jacob est devenu l’ancêtre d’Israël. Jacob, qui se prépare à un conflit avec son frère, affronte un personnage divin et reçoit un nouveau nom, par conséquent un nouveau statut.

A ce point du récit, Jacob mérite l’épreuve qui l’attend et porte bien son nom[2] et sa réputation de personnage rusé et fourbe. .Cadet d’une grossesse gémellaire, il est le préféré de sa mère Rébecca. Manipulateur, il a acheté son droit d’aînesse à son frère Esaü pour un plat de lentilles[3] et usurpé la bénédiction promise à son aîné par leur père Isaac.[4] Comme son frère le traitait en ennemi, il s’est réfugié, sur recommandation de Rébecca chez son oncle maternel Laban. Il y a pris deux femmes[5] et, après avoir travaillé pour son beau-père, s’est enfui en dérobant une partie de ses biens.[6]

Jacob se prépare à aller à la rencontre de son frère Esaü, dont il craint à juste titre l’hostilité.[7]Il se déplace de nuit avec ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants.[8] Il leur fait franchir le gué de Yabboq,[9] puis reste seul. Le texte ne dit pas clairement si Jacob est resté en-deçà du gué ou s’il l’a traversé,[10] ce qui autorise libre choix à diverses interprétations.[11]

Le passage du gué est une traversée initiatique, le lieu de rencontre privilégié ou Jacob va se dépouiller de soi-même. Il est seul face à ses peurs. C’est pourtant ce poltron qui tremble devant la colère de son frère qui va combattre toute la nuit contre un inconnu. La lutte est rude et incertaine, les adversaires se roulent dans la poussière.[12] Le combat ne finira qu’avec l’aurore, l’inconnu doit disparaître quand se dissipent la nuit et la puissance des ténèbres pour voir naître le jour et la vie.[13] Mais il ne peut l’emporter de manière décisive et se contente de heurter Jacob à la courbe du fémur.[14] Celui-ci ne veut rompre la lutte sans avoir été béni,[15] loué par son adversaire, reconnu pour la vaillance qu’il a déployé.

Quand deux lutteurs ont combattu sans connaître leur identité respective, le vainqueur a le droit de demander son nom au vaincu. Le fait de donner son nom met vraiment la personne à nu, puisque le nom exprime le statut de celui qui le porte, sa vocation, sa destinée. Ici, dans ce combat furieux, il n’y a pas vraiment de vainqueur ou de vaincu, la ruse de l’inconnu qui déboîte la hanche de Jacob n’étant pas décisive. A la demande du personnage mystérieux,[16] Jacob accepte de livrer son nom. Par contre l’autre refuse, ce qui fait deviner à Jacob que son adversaire n’est pas un homme, et il s’écrie : J’ai vu Elohim faces à faces et mon être est secouru.[17] L’inconnu refuse ainsi de se livrer en refusant de répondre pour sauvegarder son mystère, mais il bénit Jacob et confirme ainsi les bénédictions dont celui-ci a déjà fait l’objet.

Non seulement celui qui refuse de se dévoiler demande son identité à Jacob, mais il change son nom, et par conséquent lui procure un autre statut. Désormais, il s’appellera Israël,[18] parce qu’il a combattu avec Dieu et avec les hommes. Le nom révèle celui qui le porte, et ainsi le fourbe est devenu un combattant, il a été capable de lutter. Sa destinée est changée, il est devenu l’ancêtre du peuple élu. Le jour se levant, il peut quitter le lieu du face à face.[19] Mais il boîte,[20] portant ainsi la marque de sa vulnérabilité.

Jacob est maintenant prêt pour rencontrer son frère Esaü, dans une démarche d’apaisement et de réconciliation. Son existence connaîtra d’autres épreuves[21] et l’exil en Egypte. Mais à sa mort, son corps sera ramené en Canaan, pour le réunir à ses pères, Abraham et Isaac.[22]

L’identité du personnage mystérieux a toujours intrigué, d’autant plus que l’idée d’une lutte de l’homme avec Dieu est apparue choquante à beaucoup. L’adversaire de Jacob a souvent été considéré, même par des prophètes,[23] comme un envoyé ou un substitut de Dieu. Un ange donc, et peut-être un ange tutélaire.[24] Le texte de la Genèse l’identifie pourtant à Elohim,[25] donc Dieu dans le rapport qu’il entretient avec les hommes. Jacob n’est donc pas confronté à la Transcendance[26] de Dieu, mais à son immanence. Lutter avec Elohim correspond alors à combattre Dieu, les forces divines.[27] Des forces plurielles et qui peuvent donc se manifester de manières diverses.

Affronter les forces divines suggère de se confronter à un Dieu puissant.[28] Puissant d’une puissance matricielle, donc qui enfante et nourrit. L’homme qui est confronté à la puissance de Dieu entre en relation avec lui, et le combat qu’il mène conduit à un ajustement à ce Dieu puissant de vie. Par conséquent à abandonner ses attitudes et ses comportements mauvais pour s’imprégner de cette puissance protectrice de Dieu. Une force pacifiante qui lui permettra de se réconcilier et d’être en paix avec ses frères.

Avec Jésus Christ, Dieu s’incarne et épouse la nature humaine. Il vient planter sa tente parmi nous, il élit sa demeure dans le cœur des hommes. Le rapport à Dieu s’en trouve modifié, puisque le lieu du face-à-face est désormais intériorisé. Celui qui ose alors se confronter à Dieu en sortira grandi, mais pas indemne. Il prendra conscience de sa fragilité et continuera son existence comme Jacob, en boitant de la hanche.


[1] Entre autres Rembrandt (1659), Doré (1855), Delacroix (1861), Chagall (1966), pour ne citer que les plus célèbres.

[2] Jacob signifie à la fois celui que Dieu protège et celui qui prend par le talon, qui supplante. Donc un personnage ambigu.

[3] Esaü et Jacob, Gn 26,29-34.

[4] Esaü supplanté, Gn 27,1-24.

[5] Jacob est amoureux de Rachel, la fille cadette de Laban, mais ce dernier lui destine l’aînée, Léa. Il épousera les deux.

[6] Jacob et Laban, Gn 30,36-42.

[7] Esaü s’apprête à l’affronter avec 4OO hommes, d’où l’angoisse qui ‘étreint (Gn 32,7-8).

[8] A ce moment, Jacob a onze fils. De sa femme Léa ; Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issakar et Zabulon. De sa femme Rachel : Joseph. De Bilha, servante de Rachel : Dan et Nephtali. De Zelpa, servante de Léa : Gad et Asher (Gn 35,23-26). Son douzième fils, Benjamin, naîtra plus tard, sa mère Rachel mourant en couches. Il aura également une fille de sa femme Léa, Dina.

[9] Littéralement, celui qui se vide, qui coule. Le verbe dont dérive Yabboq signifie vider, dépeupler, dépouiller, ravager. Un nom symbolique, puisque Jacob va s’y vider, se dépouiller de son identité pour en recevoir une autre. Le Yabboq est un ruisseau qui circule entre les chaînes de montagnes de Galaad et se jette dans le Jourdain à l’est, entre la mer de Galilée et la mer Morte. Son nom arabe est Narh ez Zarqa (rivière bleue). Il faisait la frontière avec le pays des Amorites.   

[10] Une légende juive affirme qu’après avoir fait traverser sa famille, Jacob est revenu en arrière pour aller chercher ses cruches.

[11] Dont des interprétations folkloristes, telle celle du passage défendu par un personnage (tel le chevalier en armes qui défend le passage dans la légende de Lancelot du Lac).

[12] La poussière indique peut-être l’insignifiance de la vie de Jacob avec ses manigances et ses trahisons.

[13] L’agresseur nocturne doit se retirer avant le lever du jour, c’est un motif courant dans le folklore mondial (on peut penser à la chèvre de Monsieur Seguin, qui avait combattu toute la nuit). C’est aussi l’heure où, dans les contes populaires, le pouvoir du démon prend fin.

[14] Littéralement à la paume de la cuisse, proche des parties viriles. Jacob est donc blessé dans ce qu’il a de plus intime en lui.

[15] Le verbe hébreu signifie bénir, louer, s’agenouiller, saluer, rendre grâce, glorifier. Il est assez éloigné de l’acception un peu magique de dire du bien.

[16] La demande peut paraître étrange de la part d’un personnage divin. Elle introduit le changement de nom qui correspond à un changement de statut.

[17] Bien qu’il ait vu Dieu face à face, ce qui est en principe impossible à l’homme (Ex 33,20-23), Jacob est resté en vie, comme cela a également été le cas pour Hagar (Gn 16,13-14).

[18] Littéralement Dieu se montre fort, ou encore celui qui a combattu, le lutteur d’El (Chouraqui), celui qui marche droit.

[19] Péniel ou Pénouel signifient face à face.

[20] Cette boiterie de la hanche est à l’origine de la coutume juive de s’abstenir de manger le ligament de la cuisse.

[21] Notamment lorsque ses fils, jaloux du traitement de faveur qu’il accorde à Joseph, qu’il a eu de son aimée Rachel, vendront celui-ci comme esclave et lui annonceront sa mort.

[22] Jacob sera inhumé dans le champ de Makpela, qu’Abraham avait acheté pour en faire son tombeau et celui de sa femme Sarah.

[23] Ainsi Osée, qui déclare : Il lutta avec un ange et il l’emporta (Os 12,5).

[24] Rachi (Troyes en Champagne 1040-1105), immense exégète juif, écrit à ce propos  que Jacob a lutté contre le prince céleste d’Esaü, autrement dit un ange qui protège Esaü et s’oppose à son frère ennemi.

[25]Elohim est le masculin pluriel de El, qui signifie Dieu. Il peut donc se traduire littéralement par des Dieux, puisque le nom n’a pas d’article défini.  

[26] La Transcendance de Dieu est figurée par le tétragramme YHVH.

[27] Des forces au pluriel, puisqu’Elohim est pluriel. L’expression est d’Armand Abécassis.

[28] La Bible mentionne le Puissant de Jacob, qu’il appelle Shaddaï. La racine de ce dernier mot est un verbe qui signifie entre autres enfanter, nourrir, et qui a donné naissance à des noms comme sein ou matrice. La puissance de Dieu est donc une puissance matricielle. Dieu est puissant comme une mère qui enfante et nourrit ses enfants.

méditation du 14eme dimanche ordinaire B

Voici la médiation d’Alexis pour ce dimanche.

Aujourd’hui, Jésus vient à domicile. Et c’est peut-être plus difficile pour nous de le reconnaître, car nous pensons le connaître. Une réalité qui est toujours présente dans notre actualité parce qu’il n’est pas aisé de dépasser le sentiment de proximité de quelqu’un que l’on côtoie pour découvrir en lui une autre personne que celle qui nous est familière, quelqu’un d’autre, de neuf, avec des capacités qui transcendent celles du milieu dans lequel nous évoluons. Jalousie envers celui qui a réussi, sans doute, mais surtout incompréhension de ce qui nous échappe. Mais appliquée à Jésus, la formule nous oblige à interroger notre foi et nos dispositions à accueillir la nouveauté qu’il incarne.

L’incrédulité que rencontre Jésus dans la ville de son enfance contraste avec l’accueil enthousiaste des foules qu’il rassemble[1] et la foi qu’il suscite chez ceux qu’il guérit.[2] Des gens qui n’ont pas la suffisance des habitants de Nazareth, mais qui, au contraire, font preuve de cette confiance, de cet abandon et de cette humilité propre à ceux qui ont conscience de leurs manques et de leurs faiblesses. C’est précisément la foi qu’ils ont développée et manifestée qui a rendu possible la transformation de leur vie et leur guérison.

L’épisode à Nazareth renoue avec la rencontre de Jésus avec sa famille, où il fait l’objet d’accusations malveillantes et est rejeté tant par les siens que par les autorités de Jérusalem,[3] et où il manifeste aux disciples quelque chose de son mystère caché. Dans sa patrie non plus, il n’est pas regardé avec bienveillance par ceux qui sont étonnés de son enseignement à la synagogue.[4] Ses auditeurs ne saisissent pas les actes qu’il opère, s’interrogent sur l’origine de sa réputation, de la sagesse dont il fait preuve. Et leur incompréhension les entraîne à se scandaliser des attitudes qu’ils lui attribuent. Jésus devient pour eux la pierre d’achoppement contre laquelle ils se butent.[5]

Ses compatriotes sont incapables de voir en lui autre chose que ce qu’ils connaissent de lui pour l’avoir fréquenté dans les occupations quotidiennes et pour côtoyer sa famille. Un métier,[6] une fiche d’identité. Mais est-ce bien cela connaître une personne ? Ceux qui croient le connaître parce qu’ils le situent dans un cadre familier paraissent incapables de recevoir la nouveauté de sa parole, de se laisser toucher, de deviner son mystère.

En fin psychologue qui tire les conclusions que confirme l’expérience,[7] Jésus constate l’impossibilité de progresser avec les habitants de Nazareth dans la découverte de la foi. Son incapacité à réaliser des miracles est liée au manque de foi. Les guérisons qu’il opère ne résultent pas d’un lien psychosomatique comme si la confiance du malade conditionnait le succès de la cure. Les miracles ne trouvent leur sens et leur explication que dans la foi. Hors de ce contexte, ils sont déniés de toute signification. Et si la foi provient de Dieu, elle ne peut s’épanouir sans l’acceptation de l’être humain. Dieu respecte toujours la liberté de sa créature, mais il est attristé et déçu par le rejet des incrédules.[8] Dieu peut tout pour l’homme, mais il ne peut rien sans lui. Sans aveu de ses impuissances, de ses défaillances, de sa fragilité, l’humanité met en échec la puissance de Dieu. Et la relation ne peut s’établir entre deux pôles si l’un d’entre eux refuse.

Nous aussi sommes à Nazareth. Nous connaissons bien Jésus, il est des nôtres. Pouvons-nous encore nous laisser surprendre par sa Parole ? Surtout s’il nous interpelle par une remarque d’un familier, par une réaction du voisinage ou par la question d’un enfant. Si nous sommes à son écoute, tout devient alors parole de ce Dieu qui nous rejoint à domicile.


[1] Tout au bord du lac de Tibériade, où la multitude l’oblige à enseigner depuis une barque (Mc 3,7-12), ainsi qu’en pays païen, en Décapole, où il guérit un démoniaque (Mc 5,1-20).

[2] Le récit de la guérison d’une femme hémorroïsse et de la résurrection de la fille de Jaïre précède immédiatement (Mc 5,21-43) la déconvenue de Jésus à Nazareth.

[3] Sa mère et ses frères voulaient s’emparer de lui, pensant qu’il avait perdu la tête, tandis que les scribes l’accusaient d’être le chef des démons (Mc 3,20-35).

[4] Il est coutume, pendant le service du shabbat à la synagogue, de demander aux hôtes éminents de passage, de lire et de commenter un passage biblique.

[5]  Il est dit qu’ils étaient scandalisés par lui. Selon la Bible, le scandale n’est pas un mauvais exemple ou un fait révoltant, mais étymologiquement un obstacle, un piège, une pierre d’achoppement qui fait tomber.

[6] Certaines traditions traduisent le fils du charpentier et de Marie. Il est étonnant, dans un contexte sémite, que le nom du père ne soit pas mentionné. Peut-être l’évangéliste a-t-il voulu souligner que c’est Dieu le père de Jésus.

[7] Sa sentence résonne comme un dicton : Nul n’est prophète en son pays.

[8] Comme Jésus, qui s’étonnait de ce qu’ils ne croyaient pas.