méditation 22 12

Le Magnificat est pure action de grâce. Il est chant d’allégresse émanant d’un cœur débordant d’amour qui fait monter vers le Seigneur la louange simple et confiante de la créature vers son Créateur. Marie confie ses dispositions intimes à l’heure de sa vocation de mère : son exultation paisible, son humilité, son émerveillement, sa reconnaissance éperdue, son adoration. Une prière de femme qui dit le mystère d’un Dieu qui s’engage depuis toujours et pour toujours dans l’histoire de l’humanité. Marie qui, de toute son âme, glorifie le Dieu de miséricorde, lequel, pour réaliser son dessein de salut, choisit les plus pauvres de ses serviteurs.

Marie vient de recevoir l’annonce qu’elle concevra de l’Esprit saint et propage la Bonne Nouvelle auprès de sa cousine Élisabeth. Celle qui porte la Vie ne considère pas son élection comme une fin en soi. Elle ressent l’irrépressible élan de faire partager la joie qui l’anime, de répandre autour d’elle l’espérance de salut qu’apporte celui qui se développe en son sein. Elle témoigne que là où germe la vie, là où l’Esprit repose, là où la joie éclate, c’est là que Dieu est à l’œuvre, qu’il est présent, vivant.

La louange et la joie de Marie s’élèvent, limpides et cristallines, vers celui qui en est la source. Une hymne pure, une action de grâce et de reconnaissance pour le regard d’amour que Dieu a posé sur son humble servante, pour les merveilles qu’il a opérées pour elle. Une prière de pauvre. Et c’est bien parce qu’elle possédait en elle cette pauvreté de cœur que le Seigneur s’est penché vers Marie et l’a appelée à devenir la mère du Messie. Son attitude toute emprunte de modestie, sa condition insignifiante lui ont valu les faveurs insignes de Dieu. L’originalité de la vie de Marie est d’avoir été comme tout le monde, mais de l’avoir été dans un maximum de foi, c’est-à-dire de réceptivité, d’ouverture, d’abandon confiant dans la volonté de Dieu. La sollicitude du Seigneur s’étend sur ceux qui savent leur misère, leur petitesse, qui prennent mesure de l’infinie distance qui sépare la créature de son Créateur. Sa préférence, sa prédilection pour les petits, les simples, se manifeste de toujours à toujours. Les orgueilleux, les nantis s’isolent dans leur superbe ; ils construisent eux-mêmes les murs qui les excluent de sa générosité, de son amour. Face à eux – devant ces appétits de puissance ou de possession qui gèlent toute réciprocité et coupent les ponts à tout don venu d’ailleurs – Dieu ne peut rien faire. Ou plutôt si : se souvenant de sa miséricorde infinie, qu’il promit à Abraham pour toutes les générations à venir, il continuera à engager son amour devant la liberté de l’être humain, jusqu’à faire de ce dernier une créature nouvelle.

Celui qui vit vraiment de sa foi, qui croit à l’accomplissement de ce que Dieu peut lui dire, qui se laisse pénétrer et travailler par l’Esprit devient, à l’instar de Marie, porteur de Dieu et témoin efficace de la vie qu’il nous apporte. Dieu désire visiter chacun de nous, il propose sa Parole à tous. À ceux qui ont cette humilité, ce dénuement de l’âme, il dévoile l’intimité de son être, dans une relation authentique, cœur à cœur avec lui.

Qu’est-ce que Dieu dit à notre génération ? Ou encore, croyons-nous réellement à sa Parole, discernons-nous les signes qu’il nous envoie ? Comment vivons-nous de Dieu, le portons-nous au point que toutes nos rencontres procurent une joie nouvelle, créent des cœurs et des esprits nouveaux ? Dieu est fidèle, lui. Mais trouvera-t-il pour sauver le monde de ses fausses grandeurs, de ses étroites suffisances, assez de servantes et de serviteurs, pauvres de cœur, affamés de justice, pour déployer en eux la force de son bras ?

Conte de l’Avent: L’opération « Emmanuel »

Dimanche 1 – La mise en route des anges

Un jour, le bon Dieu convoqua les anges et leur annonça qu’ils allaient avoir beaucoup de travail. Il avait pris sa décision, l’opération « Emmanuel » était lancée. Dieu ne voulait pas rester ce lointain, cet inaccessible. 

Tous les anges voulaient faire partie de cette grande mission. L’ange Joséphine était prête à se mettre de suite en route, et partageait son impatience à tous les autres anges.  

L’ange Raphaël, voyant que tous voulaient de suite se mettre en route, rappela aux troupes célestes qu’il fallait se préparer, qu’on ne pouvait pas partir tout de suite. Il faut d’abord bien comprendre ce que nous aurons à faire. Un ange, ça contemple Dieu sans cesse, et nous devrons aider les hommes à ouvrir les yeux pour contempler les merveilles que Dieu fait pour eux. 

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méditation 4eme dimanche Avent

Le temps de la venue de Jésus se fait d’avantage pressant. Il se transforme en accueil de celui qui a revêtu notre humanité de chair, visite nos existences et revient régénérer notre univers. Nous traversons le temps de l’Avent en jouant sur plusieurs harmoniques, l’attente dans la vigilance, la préparation dans la conversion, la joie dans le témoignage.

Nous célébrons aujourd’hui le temps de la présence, dans l’accueil du Messie-Roi. Ainsi, il est temps, ouvrez vos cœurs, accueillez sa présence, car Jésus vient parmi nous. Il ne s’agit pas simplement de « croire en Dieu », mais d’accepter de se laisser bousculer par lui, consentir de mettre nos projets de vie en concordance avec le dessein qu’il a pour nous.

Le récit de l’Annonciation, un des plus beaux textes d’évangile, a bien sa place en cette fin de l’Avent. Il nous rapporte une expérience mystique, sans autre témoin que sa bénéficiaire. Un tel vécu est par nature indicible, et l’évangéliste Luc met des mots sur des paroles ineffables, qu’un homme ne doit pas redire.[1] Il montre l’enfant à naître dans toute la complexité de son mystère.

Il répond à la question de l’identité de Jésus par une triple filiation. Fils de David par Joseph, il est rattaché à la lignée royale. Fils de Marie, l’enfant sera le fruit de l’action créatrice de l’Esprit Saint. Fils de Dieu, d’une filiation divine au sens fort, qui se ressent de la foi de l’Eglise en la Résurrection.

Il y a plus de deux mille ans, dans une humble maison de Nazareth, l’ange Gabriel, force de Dieu,  vient s’adresser à une jeune fille pour lui révéler le plan de Dieu, et la place qu’elle occupe dans ce projet. Le Seigneur se fait proche de sa créature, aimant, délicat, souriant. Il sollicite l’adhésion de Marie pour une aventure qui la dépasse infiniment, il fait tomber les objections. Que tout m’advienne selon ta parole.

Une rencontre empreinte de sobriété, de discrétion, de déférence. Tout se passe comme s’il n’y avait rien de plus banal que cet entretien solennel. Comme s’il ne s’agissait pas de l’intrusion déterminante de Dieu dans les affaires humaines. Pourtant, à cet instant décisif, s’amorce le système de la rédemption du monde.

C’est surtout et avant tout l’histoire de l’amour et de l’infini respect de Dieu pour ses créatures. Dieu a déjà fait alliance avec les hommes depuis longtemps, il s’est choisi un peuple, s’est élu des rois pour le diriger. À cette lignée royale, il veut que son Messie soit rattaché. Impressionnante histoire d’amour et de fidélité. On y découvre toute la place des hommes dans le cœur de Dieu.

Au-delà de ce moment qui a à jamais marqué l’histoire humaine, c’est à chacun de nous que Dieu s’adresse aujourd’hui car nous avons trouvé grâce auprès de lui. Comme autrefois auprès de la jeune fille vierge, Dieu nous sollicite à adhérer à son projet d’incarnation. Il appelle chacun en particulier à devenir le lieu, l’être en qui la Parole de Dieu pourra prendre chair. Notre relation à Dieu ne peut se contenter de timides adhésions, elle doit prendre corps en nous. Nous sommes tous appelés à enfanter le Fils de Dieu en notre chair d’humanité.

Hier, le roi David souhaitait bâtir une maison pour le Seigneur. Aujourd’hui, Dieu révèle qu’il vient habiter au sein de la Vierge Marie. Demain, il souhaite que nous lui ouvrions la porte de nos cœurs, pour qu’il puisse trouver sa joie en nous.


[1] II Corinthiens 12,4.