En ce temps-là, comme Jésus parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler. Quelqu’un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler. » Jésus lui répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »
Les rapports de Jésus adulte à sa famille biologique ne sont guère évoqués dans l’Écriture. Les évangiles synoptiques ne mentionnent que des relations distantes, voire conflictuelles, avec sa mère, ses frères, ses sœurs. En particulier, Marie n’y joue aucun rôle positif pendant toute la vie publique de son fils. Seul l’évangile de Jean accorde une place à la mère de Jésus dans son ministère, puisqu’elle y est présente au début (à Cana) et à la fin (au pied de la croix). Tout sous-entend ainsi que la vraie famille de Jésus se situe dans une autre perspective que celle des liens biologiques.
La relation des liens familiaux chez Matthieu fait suite à une éprouvante controverse de Jésus avec les pharisiens. Son activité – ses guérisons et ses exorcismes – divise ses auditeurs sur la question de son identité. Pour les foules qu’il rassemble, il est reconnu comme le fils de David (12,23). Les pharisiens, par contre, soutiennent qu’il ne chasse les démons que par Béelzéboul, le chef des démons (12,25). Jésus rétorque qu’il agit par l’Esprit saint et qu’eux pêchent contre l’Esprit. Il affirme alors que c’est d’après tes paroles que tu seras justifié et c’est d’après tes paroles que tu seras condamné (12,37). Et qu’à cette génération mauvaise et adultère (12,39) qui lui demande un signe, il ne sera donné d’autre signe que celui de sa mort et de sa résurrection. Un contexte de dure controverse qui se conclut par une sorte de contrepartie positive : Jésus constitue avec ses disciples une famille spirituelle dont l’origine est céleste.
Matthieu note sobrement l’arrivée de la mère et des frères de Jésus pendant qu’il enseignait aux foules. Ils se tenaient au dehors, précise-t-il, donc en dehors de la foule rassemblée et du cercle des disciples. Et ils cherchaient à lui parler, lui signale-t-on. L’évangéliste ne spécifie pas pourquoi sa famille biologique souhaite s’entretenir avec Jésus. Chez Marc (Mc 3,20-35) ils veulent s’emparer de lui parce qu’il a perdu la tête et chez Luc (Lc 8,19-21), ils ne peuvent le rejoindre à cause de la foule trop dense. Mais les raisons et les motivations importent peu, l’essentiel réside dans le fait que la mère et les frères de Jésus sont clairement situés en dehors du cercle de ses familiers et qu’il ne les reçoit pas.
Jésus joint le geste à la parole pour désigner ses disciples comme sa famille. La condition d’appartenance à cette vraie famille est de faire la volonté de Dieu. Il avait déjà indiqué les modalités à remplir : « Il ne suffit de dire Seigneur ! Seigneur ! pour entrer dans le Royaume des cieux, il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » (7,21). À la confession des lèvres doit correspondre celle de la vie concrète. La volonté de Dieu a pour Jésus la double signification du dessein de salut de Dieu et de l’ensemble de ses exigences pour la conduite quotidienne. Ainsi la famille spirituelle est-elle plus importante pour Jésus que la famille naturelle. Et le lien spirituel est plus fort que le lien biologique.
Jésus ne dénigre pas pour autant les liens du sang. Le cercle familial reste pour lui le nœud de toute la cohésion sociale. Mais, devant l’urgence de ce qu’il annonce, il établit une hiérarchie de valeurs. Ce qui prime dans la venue du règne de Dieu est l’appartenance spirituelle, ce qui rend second le lien naturel. Il n’y a pas de déterminisme biologique pour entrer dans le Royaume. L’enseignement de Jésus est ainsi une parole libératrice qui nous invite à dépasser nos liens et préférences naturelles.
Quel crédit accordons-nous à ce que nous dit aujourd’hui Jésus ? Quelle est la force du lien spirituel qui nous relie à lui ? Que représente-t-il concrètement pour nous ? En quoi faisons-nous la volonté du Père ? Savons-nous discerner le dessein de Dieu dans notre vie ? Et l’appliquer au quotidien ? Toutes questions qui nous rapprochent du Royaume.
En ce temps des moissons, Jésus nous invite à écouter avec attention sa parole, cette semence de Dieu, Parole du Royaume qu’il sème dans nos vies. Laissons nous toucher par cette parole de Vie afin qu’elle fructifie nos cœurs et ranime en nous le désir de répondre à l’amour du semeur.
Litanie pénitentielle
Seigneur Jésus, ta parole est semée à tout vent, mais nos oreilles restent fermées, prends pitié de nous.
O Christ, tu donnes sans compter, nous ne sommes pas attentifs, prends pitié de nous.
Seigneur Jésus, tu guéris les cœurs en durcis, instruis ceux et celles qui se disposent à l’accueil, prends pitié de nous.
Intentions
Les textes de messe de ce dimanche, avec la figure du semeur, nous font penser aux champs fleuris en été lorsque des pétales de toutes les tailles, de toutes les couleurs se dressent vers le ciel pour montrer leur beauté sous le rayonnement du soleil. Que ces mêmes rayons solaires, source de vie, nous aident à prier pour toutes nos sœurs et tous nos frères de la terre.
Seigneur, semeur de la Parole : aide ton Eglise à réaliser pleinement la mission que tu lui confies ! Qu’elle sème ta Parole avec courage et audace là où surtout s’impose un système politico-économique inhumain, là où le peuple n’a pas le droit de contester, là où demeure la pauvreté matérielle ainsi que la pauvreté spirituelle qui en découle ! Prions.
Seigneur, semeur de la Charité : transforme-nous en témoins de ton amour miséricordieux qu’il entraine à revenir vers toi, nos frères et nos sœurs qui ont perdu le sens de la vie ! Prions.
Seigneur, semeur de l’Espérance : veille sur tous les hommes notamment sur les plus jeunes d’entre eux, donne-leur d’espérer en l’avenir ! Pendant ce temps estival, aide ces jeunes à se reposer, à se ressourcer pour avoir un regard juste et confiant sur la vie qui les attend ! Prions.
Seigneur, semeur de la Foi : soutiens ceux qui labourent la terre pour gagner leur vie, aide-les à croire à un bel avenir malgré le changement climatique en cours et l’imposition des phytosanitaires excessifs sur notre planète ! Prions.
Seigneur, semeur d’Amour : aide-nous à savoir toujours poser un regard positif sur chaque membre de nos familles. Que les familles d’aujourd’hui soient accompagnées avec amour, respect et conseil. Prions.
Seigneur Dieu, que ton Esprit inspire à chacun de beaux rêves, aide-le à les entreprendre avec toi et, ensuite, à les achever en toi par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur. Amen.
A la fin de cette célébration veuillez reprendre votre feuille liturgique avec vous. Merci