méditation du 16 juin

L’évangile de l’amour des ennemis appartient aux antithèses du Sermon sur la Montagne. Jésus instruit les foules rassemblées autour de lui. Son enseignement radical ne peut être compris que dans la logique du Royaume qu’il annonce. Le bonheur qu’il promet est paradoxal car destiné aux humbles, aux pauvres, aux humiliés. Il se tourne ensuite vers ses disciples pour expliciter son discours. Il est ainsi venu pour accomplir la Loi en lui donnant une interprétation orientée vers la justice du Royaume.

L’enseignement de Jésus est nouveau, original et illustré par une série d’applications concrètes. Chacune de ces antithèses débute par « Vous avez appris qu’il vous a été dit … Et bien moi je vous dis … » Une manière de parler qui impressionne d’autant plus que ce « moi je vous dis » revendique pour lui l’autorité de Dieu, source de la Loi. La nouveauté introduite par Jésus réside précisément par la force de l’amour de Dieu dont il remplit les prescriptions de la Loi qu’il vient revisiter.

Le commandement d’amour des ennemis vient nous questionner. S’agit-il d’éprouver des sentiments pour ceux qui nous haïssent ? N’est-ce pas faire offense à notre nature profonde ? Ou s’aplatir devant ceux qui veulent nous opprimer ? Ou encore une position irénique qui ne tient pas compte des réalités ?

Jésus se réfère à la prescription de la Loi « Ne te venge pas et ne sois pas rancunier à l’égard des fils de ton peuple, c’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19,18). Il faut noter que le prochain dont il est ici question appartient au peuple, à l’exclusion donc des étrangers. Par ailleurs, la Loi ne prescrit en aucune manière la haine des ennemis. Si certains groupements religieux (tel Qumrân) vouaient à la haine les communautés hostiles, il ne s’agissait en aucun cas de haine de l’individu.

Pour qualifier l’amour des ennemis, l’Évangile utilise le terme grec agapè, traduction de l’hébreu hésed. Qui a été traduit par le latin caritas, et le français charité. Il représente la fidélité, l’attachement, l’amour divin et inconditionnel. À l’encontre de philia, qui désigne l’amour purement humain, fait d’amitié ou d’attirance mutuelle.

Jésus n’en appelle donc pas à éprouver des sentiments envers les ennemis, ce qui est humainement impossible et constituerait une perversion de l’amour. Mais il commande à leur égard un amour de volonté et de respect. Respecter l’ennemi veut dire le reconnaître en tant qu’être humain, lui accorder une place pour exister. De plus, le respect a une valeur exemplative de provocation. En lui montrant du respect, je le provoque à une prise de conscience, de manière à l’inciter à modifier son comportement. Je lui manifeste ainsi que je le crois capable de changer, de s’améliorer.

Aimer ses ennemis signifie alors aimer à la manière de Dieu, sans condition, d’un amour gratuit qui n’attend pas de retour. Il aime tous les êtres humains, bons comme méchants, et reste ouvert à tous. Aimer d’un tel amour nous rend enfants de Dieu. D’où l’appel à la perfection de Jésus. « Soyez parfaits », autrement dit la perfection des disciples correspond à celle de Dieu, qui étend sa miséricorde sur tous sans exception.

Jésus nous recommande de prier. Nous prions volontiers pour nous et pour les nôtres, pour les chrétiens persécutés, qui sont légion dans le monde. C’est une œuvre louable, mais est-ce suffisant ? Prions-nous pour ceux qui nous persécutent, pour ceux qui torturent ? Associons-nous, dans notre prière, la victime et le bourreau ? Difficile, bien sûr, mais n’est-ce pas la volonté du Christ ? Et n’est-ce pas une manière de reconnaître la personne, de lui rendre une dignité, même si elle n’a pas voulu l’accorder elle-même à celui qu’elle persécute ? Prier pour sortir de la violence, pour remplacer un cercle vicieux par un cercle vertueux. Sans faux irénisme, mais parce que la prière peut transformer, relever. Prier pour la conversion de ceux qui nous persécutent pour que « d’assassins, ils deviennent saints ».[1]


[1] Christian Dehotte, homélie, Saint Antoine (Harre), 2019.

feuille liturgique pou la Fête Dieu





 

Saint sacrement, 14 juin 2020

Introduction

Est-il meilleur jour pour retrouver le chemin de l’eucharistie que celui où nous célébrons la fête du Corps et du Sang du Christ, la Fête-Dieu ? Christ, pain de vie, se donne à nous qui avons été privés pendant de longs mois de cette force pour alimenter notre foi, entretenir notre espérance, nourrir notre charité. Bien sûr la prière et l’écoute de sa Parole nous relient au Christ mais la communion sacramentelle nous unit à lui corps et âme, pour qu’il soit en nous source de vie. Et puis ce repas du ciel, c’est à un peuple qu’il est offert, une famille de frères et de sœurs qui, confinée, n’a pas pu se réunir. Ce jour est retrouvailles ! La table est prête comme celle qui, dans nos maisons, il y a peu aussi, a pu s’ouvrir à nouveau aux enfants, petits-enfants, amis et proches. Nous voici aujourd’hui en famille, rassemblés à la table du Père pour le repas du plus grand amour. Peut-être pourrions-nous nous saluer mutuellement, sans contact bien sûr, mais à distance, en faisant à gauche et à droite, et devant et derrière un signe de tête souriant, histoire de nous souhaiter mutuellement la bienvenue dans la joie de nous retrouver.

Litanie pénitentielle 

*Seigneur Jésus, tu es le pain vivant descendu du ciel. Tu donnes la vie éternelle. Sois la force de ceux qui peinent. Prends pitié de nous.

* O Christ, ton corps livré est le vrai pain. Tu donnes la vie au monde. Sois l’unité de ton Église. Prends pitié de nous.

* Seigneur, ton sang versé est source de joie. Tu es l’espérance des hommes. Sois le réconfort des affligés. Prends pitié de nous.

Intentions

* A la table du Christ, pain de vie, nous apportons les solidarités des hommes. Nous pensons à ceux qui servent les plus pauvres, ceux qui visitent les prisonniers, ceux qui soignent les malades. Pour eux, nous demandons la joie des serviteurs.

* A la table du Christ, pain de vie, nous apportons les détresses des hommes. Nous pensons à ceux que le désespoir a gagnés, ceux que le découragement a abattus, ceux que l’angoisse a enserrés. Pour eux, nous demandons la paix du cœur.

* A la table du Christ, pain de vie, nous apportons les engagements des hommes. Nous pensons à ceux qui gouvernent pour le bien de tous, ceux qui conduisent l’Église en ces temps troublés, ceux qui annoncent l’évangile par leurs paroles et leurs actes. Pour eux, nous demandons l’enthousiasme qui mobilise.

* A la table du Christ, pain de vie, nous apportons les souffrances des hommes. Nous pensons à ceux que la mort a éloignés de nous, ceux que le deuil a frappés, ceux que le décès de proches rend inconsolables. Pour eux, nous demandons l’espérance pascale.

A la fin de cette célébration veuillez reprendre votre feuille liturgique avec vous. Merci

méditation pour la Fête Dieu

Donner sa chair à manger. Parole incompréhensible, intolérable, scandaleuse pour ceux qui écoutaient Jésus. Propos obscurs et provocateurs qui ont entraîné répulsion et abandon chez pas mal de disciples. Mais ce qui dans les Écritures choque, y est généralement inséré pour susciter la réflexion et inciter à la découverte de réalités essentielles. En l’occurrence le sens de la communion à Dieu et aux frères.

Communier signifie beaucoup plus que le processus individuel de recevoir le sacrement de l’Eucharistie. Le verbe provient du latin communicare (qui a donné communiquer) qui veut dire avoir part, partager, participer, être en relation avec. La communion est donc une mise en commun, un partage, une mise en relation. Il y a quelque chose d’insatisfaisant au fait de communier si on ne communie pas avec. On communie en entrant en relation avec Dieu, comme avec nos frères.

La foi conditionne la communion. Si la foi peut se passer du sacrement (ainsi la communion spirituelle ou de cœur que nous avons vécue pendant le confinement), le sacrement ne peut jamais aller sans la foi. La foi est déjà une première communion au Christ, qui doit précéder le rite sacramentel et est orientée vers lui, comme l’amour doit précéder l’acte d’amour et le faire désirer.

Jésus insiste sur la nécessité de communier à son Corps et à son Sang pour avoir part à la vie éternelle. Lui-même est le pain vivant. Par sa mort et sa résurrection, en se faisant nourriture pour les croyants, le Fils se donne tout entier pour nous faire vivre, pour nous partager la vie éternelle qu’il reçoit du Père. De même que moi je vis par le Père, dit-il, de même celui qui me mange vivra par moi (Jn 6,57). Nul ne peut se sauver sans lui, mais la vie qu’il nous apporte ne peut se passer de la communion spirituelle.

Jésus est le Verbe, la Parole qui était au commencement (Jn 1,1). Être en communion avec lui, c’est donc communier à la Parole de Dieu. Parole qui nous est donnée à manger, à ruminer chaque fois qu’elle est proclamée. Et l’Ange ne dit-il pas, au Voyant de l’Apocalypse, en lui donnant le petit livre : Prends et mange-le, il sera amer à tes entrailles, mais dans ta bouche, il aura la douceur du miel (Ap 10,9) ? Double aspect de la Parole, douceur à la recevoir en promesse de salut, âpreté d’en témoigner dans un milieu hostile. Parole de communion au Corps du Christ qui le rend présent à ceux qui l’entendent.

Communier signifie encore former un seul corps (I Co 10,17). L’eucharistie est signe efficace d’unité du Corps. Seul en est digne celui qui accepte de communier avec ses frères en Christ. Ainsi donc, que chacun s’éprouve soi-même avant de manger ce pain et de boire à cette coupe, car celui qui mange et boit sans discerner le corps mange et boit sa propre condamnation (I Co 11,28-29). Celui qui garde sa vie pour soi-même refuse de faire corps avec ses frères et se sépare du Corps, qui est le Christ. Communier suppose d’abord une réconciliation, une solidarité, un partage avec les frères.

La fête du Corps et du Sang du Christ est celle d’un Dieu qui se donne en nourriture et fait de nous son Corps. C’est la fête de la présence réelle du Christ dans l’assemblée réunie, dans la Parole proclamée, dans les espèces eucharistiques où il se donne pour nourrir en nous la vie.